La parole ouverte sur les émeutes

Notre mission.

Parce que notre mission est l’insertion, il nous semble important d’être présents aussi sur les sujets de société.

Sur la mort de Nahel et les émeutes qui suivent : nous avons organisé un temps d’échange dans l’entreprise. Comme nous l’avons fait lors des manifestations pour la retraite, ou lorsque nous avons eu l’opportunité d’embaucher notre 1e femme voilée.

Dans ces temps d’échanges : l’objectif est d’accompagner à la réflexion, d’ouvrir les points de vue possibles, de permettre l’expression sans jugement.

Les salariés échangent entre eux, la direction ne fait qu’animer les débats, s’assurer que chacun peut s’exprimer librement et respectueusement.

C’est un temps de démocratie qui est important pour nous. Parce que l’insertion se fait par l’emploi, bien sur, mais aussi par la participation à la société, dans l’échange avec l’autre.

La situation

RézoSocial est en Quartier Prioritaire de la Ville, un quartier donc propice à réagir aux tensions, et rapidement sous surveillance. Nous avons plusieurs salariés du quartier : il était important pour nous de proposer ce temps d’échanges avec d’autres. Sans les pousser dans un sens ou dans un autre, mais pour leur permettre d’entendre d’autres visions.

30% environ de nos salariés ont fui leur pays : il était important pour nous d’affirmer que la situation était différente, qu’ils pouvaient continuer à partager leurs idées librement, qu’ils n’étaient pas en danger ici.

Des partages étonnants et passionants

Tout ne se dit pas, mais au-delà des mots d’autres signaux sont parfois plus parlants.

Nous avons eu des salariés silencieux, des yeux baissés, des poings fermés, des yeux humides, des voix tremblantes… l’expression de volonté d’actions et d’impuissance, de colère et de résignation.

Citations sans filtre :

« J’ai fui la Côte d’Ivoire en guerre civile. Je ne souhaite pas à mon pire ennemi de connaître ça. Les émeutes nous font revivre ça ici. »

« – Il y a d’autres manières de se faire entendre qu’en cassant.

– Ah ? Vos manifs pour les retraites ont servi à quoi ? »

« Les policiers sont racistes, c’est tout. »

« Je suis maman. Il est impossible pour mon fils d’être au volant d’une voiture à 17 ans. »

« C’est débile d’incendier la voiture de son voisin. »

A la question : « qui a déjà subi des violences policières ? » : une moitié de mains se lève.

A la question : « qui a peur de manifester ? », la majorité des mains se lèvent.

« J’aime la police. »

« Le plan sur la politique de la ville de Borloo était bien mais n’a jamais été repris. »

« En Syrie, le gouvernement donnait des armes à des miliciens pour créer des violences dans les manifestations pacifiques et les décrédibiliser . »

Résultats

Nous avons conclu sur la parole sage d’une salariée. Aucun conseil donné. Chacun repart enrichi de ces échanges.

Une petite pierre différente posée dans l’insertion de chacun dans cette société.

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